Agefi, Repères, 15 juillet 1999
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Le chemin du succès on line passe par un changement, parfois radical, de
mentalité des entreprises
Dans le commerce électronique, les
vedettes sont vos clients !
Avec le commerce électronique, il est temps de passer de l'ère du distributeur
automatique à celle de la gestion de la relation avec le client.
Jean-Christophe Zwick (associé de CatalyzNet, Genève)
Illustration:
L'exemple même de la relation-client : Amazon.com
Les premiers sites de commerce électronique étaient la copie conforme
d'un distributeur automatique : ils livraient au client la marchandise
commandée, encaissaient, mais ne se souciaient ni du client, ni de ses aspirations et
motivations d'achat. Ces informations, difficilement accessibles dans le monde
"réel", sont un des avantages d'Internet qu'il est faux de négliger.
La gestion de la relation-client ("Web relationship management") est le
moyen de transformer un site de commerce électronique en lieu convivial où le client
fidèle n'est pas considéré comme un inconnu chaque fois qu'il pousse la porte virtuelle
de l'échoppe.
Les promesses du Web sont vastes
mais peu sont réalisées.
"Le E-commerce permet d'avoir un dialogue constant avec ses clients"
à
condition de s'intéresser à ceux-ci. Le plus souvent, on a affaire à une
transaction unique : à chaque nouvelle visite, le client doit introduire toutes
ses coordonnées, tout comme s'il était totalement inconnu, même si sa dernière visite
date de trois minutes ou qu'il est client depuis plus de dix ans! Ceci conduit à un
marketing de masse, ce qui est normal si on n'essaie pas de connaître le client. On est
donc bien loin du "one to one" marketing.
"Un site Internet permet d'abaisser les coûts". Tout
dépend de l'organisation et de la taille de l'entreprise. Cependant, la présence sur le
Web génère fréquemment des frais plus élevés que les médias traditionnels : le coût
d'un E-mail au service client peut être cinq fois plus cher que celui d'un téléphone.
Par contre, en offrant à ses clients sur son site des réponses aux questions les plus
fréquentes et en automatisant son service après-vente, Cisco a pu multiplier par six son
chiffre d'affaires depuis 1994 et améliorer la qualité du service tout en doublant
seulement le nombre de ses techniciens.
Enfin, la mauvaise conception d'un site contribue à la destruction de l'image de
marque, alors que la promesse était inverse.
Attirer, Bâtir, Capitaliser : l'ABC de la gestion de la relation-client.
Le monde virtuel est définitivement très proche du monde commercial réel : il faut
d'abord attirer le visiteur, le faire rentrer dans la boutique, ce qui est plus facile si
on a défini clairement ses cibles. Bâtir la relation consiste à connaître les
prospects et à leur faire prendre le rôle de client. Enfin, il faut nourrir la relation,
créer la fidélité, et capitaliser sur la confiance des clients.
La composition du trafic sur un site impose de garder les pieds sur terre
: 90% des visiteurs sont des chalands anonymes, 7% sont des prospects identifiés, qui ont
marqué leur intérêt, et seuls 3% sont de véritables clients, qui vont vraiment
générer du profit. Le besoin de service de ces trois types de visiteurs va croissant :
si le chaland n'a besoin - parfois - que de renseignements simples, le client est un grand
demandeur de services : il veut être tenu au courant des nouveautés, et bénéficier
d'un service après-vente. Mais il serait faux de négliger les "demandes
simples" des chalands, car elles risquent de submerger vos collaborateurs si les
réponses ne sont pas aisément disponibles sur votre site. Il devra donc répondre aux
attentes - très différentes - de ces trois types de clientèle, ce qui impose de fait
une segmentation du site. Celui-ci devra également être conçu de façon à établir la
relation entre chaque type de client et l'entreprise.
Pour combler ce fossé entre promesses et réalités, la gestion de la
relation client est l'outil de choix. Le centre de la relation n'est plus
l'entreprise, mais le marché. Ceci implique une révolution culturelle d'une étendue
sans précédent dans certaines sociétés bien établies : il faut assurer un contact
constant avec ses clients, et ne pas se concentrer uniquement sur l'acquisition de
ceux-ci.
Les nouvelles sociétés créées pour le commerce électronique
se sont construites autour du concept de gestion de cette relation avec le client. Le
secret de leur succès est d'avoir pu bâtir rapidement une marque forte grâce à cette
attention portée à leurs clients.
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L'exemple même de la relation-client : Amazon.com
La fameuse librairie online n'a pas eu à changer de mentalité puisqu'elle
a été bâtie dès le début pour Internet autour du concept de relation-client. Elle a
construit sa réputation - et donc sa marque - en concevant sa boutique de manière que
l'achat d'un livre sur Internet soit aussi facile que dans le monde réel.
Comment ce pari a-t-il pu être tenu ? Par exemple, le client
qui a déjà une fois donné ses coordonnées de paiement peut ensuite acheter d'un seul
clic de souris, sans autre formalité. Si vous êtes en panne d'idées pour l'anniversaire
de votre petit neveu, le site vous pose des questions et vous conseille quelques livres.
Grâce à l'exploitation des statistiques de vente, chacun des livres est accompagné
d'une liste des favoris des acheteurs de l'ouvrage visualisé. De plus, la majorité des
livres sont commentés : vous pouvez même y ajouter votre commentaire, qui voisinera
parfois celui de l'auteur lui-même. Vous pouvez également recevoir un E-mail à chaque
parution d'un nouvel ouvrage dans votre domaine favori. Votre libraire "réel"
vous offre-t-il ces services?
Tous ces éléments ont contribué à la construction de l'image de marque d'Amazon.com,
qui lui permet maintenant de vendre également des vidéos, des DVD, de petits articles
cadeaux, et même de proposer des enchères pour des livres introuvables.
Grâce à sa stratégie résolument tournée vers la satisfaction des attentes de
ses clients, Amazon.com
a atteint l'objectif de son fondateur, Jeff Bezos : rendre l'achat sur Internet au moins
aussi facile et agréable que dans le monde réel.
Des débuts malheureux : US Postal Service
Aux Etats-Unis, l'achat de timbres-poste à leur valeur faciale n'est pas
toujours facile, surtout pour les philatélistes.
En 1997, la poste américaine (US Postal Service) a testé la vente online de
timbres. Le traitement des commandes était conçu de manière simple, car on ne
s'attendait pas à une grande affluence. Après trois jours de tests, le site a été
débranché : le succès a été tel qu'il a fallu trois mois de travail pour expédier
les commandes effectuées en trois jours, principalement en raison de la faible
automatisation du processus. Dans ce cas, aussi bien l'effet d'annonce que l'attrait de la
nouveauté ont été sous-estimés, ce qui démontre une méconnaissance des attentes des
clients. Cependant, USPS a appris de ses échecs: le site http://www.usps.gov
propose maintenant un choix de timbres qui ravira certainement les philatélistes du monde
entier... et l'entreprise a fait un pas en direction de ses clients.
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