Agefi, Repères, 16 décembre 1999
Article précédent
Article suivant
A l'exemple de Geocities.com, l'avenir du commerce
électronique passe certainement par les communautés.
Communautés et commerce
électronique : un duo d'enfer!
La globalisation entraîne un besoin d'affirmer ses particularités, qu'elles soient
ethniques ou culturelles. Cette tendance touche le Net de plein fouet, pour le plus grand
bénéfice du commerce électronique.
Jean-Christophe Zwick (associé de CatalyzNet, Genève)
On reproche souvent à l'utilisateur d'Internet d'être un
individualiste forcené. La tendance semble s'inverser avec l'émergence des communautés
sur le Web : phénomène déjà bien connu aux Etats-Unis où www.geocities.com, fondé en
novembre 1994, draine maintenant près de 20 millions de visiteurs par mois, il commence
à débarquer en Europe francophone. Qui n'a pas vu les publicités télévisées pour www.multimania.fr ?
Ce retour des communautés n'a surpris aucun futurologue.
Autant Faith Popcorn que John Naisbitt ont prévu ce nouveau besoin de l'homme moderne
d'extérioriser ses instincts grégaires, qui répond à deux principes majeurs. Le
premier veut que, plus le monde s'universalise, plus l'identité culturelle a besoin de
s'affirmer. Le second principe est que, plus nous devenons universels, plus nous agissons
de manière tribale. Donc, plus on agit globalement, plus on ressent le besoin vital
d'avoir une pensée locale, de se rattacher à des racines ou à un référentiel plus
restreint que le monde dans son entièreté.
Quel est le lien entre ces communautés et le commerce
électronique ? Comme on l'a déjà vu, un site de commerce électronique digne
de ce nom se doit d'offrir des avantages valables et recherchés par ses visiteurs. En
offrant aux membres de la communauté la possibilité de créer un espace d'expression
personnel sur le Net, ainsi que les outils pour le réaliser, ce type de site remplit
aisément cette condition. En outre, à travers le regroupement des centres d'intérêt,
ces sites apportent non seulement la satisfaction de pouvoir rentrer en contact avec des
personnes partageant les mêmes occupations ou préoccupations, mais aussi le plaisir de
pouvoir participer à la discussion en apportant sa contribution personnelle.
De plus, les visiteurs extérieurs à la communauté, qui constituent
les neuf dixièmes du trafic de geocities.com, peuvent trouver et accéder facilement aux
informations qu'ils recherchent, puisqu'elles sont hiérarchisées et regroupées
thématiquement. Un avantage non négligeable sur le "World Wild Web" !
On se trouve donc dans une situation idéale pour que le visiteur se
sente en confiance et revienne fréquemment, ce qui est le préalable indispensable à
l'établissement d'une relation commerciale durable. Notez cependant que le commerce n'est
pas le but initial, mais qu'il s'impose naturellement de lui-même.
Ces communautés n'ont cependant rien à voir avec des groupes
de soixante-huitards nostalgiques. Elles sont les fruits du nouvel esprit
d'entreprise et se doivent d'être profitables. Les revenus proviennent de trois sources :
la publicité, le commerce et les affiliés. La publicité est présente soit sous forme
de sponsoring, concrétisé par l'affichage de bannières publicitaires, soit sous
l'aspect de la publicité ciblée, principalement en fonction du sujet de la communauté
visitée. Les "places de marché" virtuelles que sont les diverses communautés
d'intérêt sont un lieu naturel de commerce électronique, qu'il se traduise par des
échanges, des ventes aux enchères ou de simples achats dans des boutiques on-line. Et
chaque transaction fait l'objet d'une dîme qui permettra à l'organisateur de maintenir
la place en parfait état et de la faire prospérer, pour le plus grand bénéfice des
commerçants. Quant à eux, les affiliés permettent d'accroître la visibilité et le
trafic vers les sites de communauté : ils sont donc un maillon essentiel de cette chaîne
du profit.
Si les communautés ont un tel succès, et constituent à n'en pas
douter le modèle du commerce électronique du futur, c'est aussi parce qu'elles sont
pratiquement le seul lieu de véritable interactivité sur Internet, et ceci sous sa forme
la plus ancienne et traditionnelle : le dialogue entre individus.
Article précédent
Article suivant
Retour au sommaire Presse