Agefi, Repères, 15 mai 2003
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L'innovation est un moteur de la croissance
Innovation et
succès: comment les marier ?
Le lancement d'un nouveau produit est souvent un casse-tête
pour les spécialistes du marketing, car les échecs sont fréquents. Comment mettre le
maximum de chances de son côté ?
Jean-Christophe Zwick (CatalyzNet SA, Genève)
Jour faste, jour béni ! Une nouvelle idée, un nouveau concept
est apparu dans l'esprit des chercheurs de l'entreprise. Personne ne doute que cela va
être le produit qui va révolutionner le monde, celui que les clients vont s'arracher,
celui qui va faire la fortune de son inventeur et de son entreprise. Las! Ceci n'est qu'un
rêve. Le réveil a le plus souvent le goût de la gueule de bois. Malgré ce qui est
clamé haut et fort par la majorité des sociétés, seuls 10 à 15% des nouveaux produits
sont des succès, c'est-à-dire qu'ils sont toujours sur le marché après 3 ans et qu'ils
sont profitables. Les raisons de ces échecs ? Un produit qui ne correspond pas aux
attentes des clients, des estimations de vente trop optimistes, des tests de marché faits
rapidement et qui donnent une vision biaisée de l'environnement, un planning de lancement
pas respecté, les causes sont multiples, mais le résultat est unique: beaucoup
d'énergie et d'argent gaspillé !
Le produit
correspond-il aux désirs des clients ciblés ? C'est la première question que
l'entreprise doit se poser. Un produit sans acheteur est inutile, et ne vaut pas qu'on y
mette un franc de développement. Il existe plusieurs moyens de savoir si l'innovation va
rencontrer son marché: si le produit a été développé à la suite de discussions avec
des consommateurs potentiels, si le concept a été testé sur quelques clients
représentatifs des cibles à atteindre, l'entreprise a déjà mis quelques chances de son
côté.
Les tests des concepts
sont cependant parsemés de pièges. Le plus fréquent est la fameuse question
"Achèteriez-vous ce produit ?" Même avec une indication de prix (qui,
curieusement, manque fréquemment), les résultats obtenus ainsi sont sujets à caution.
Echelles de mesure de la probabilité d'achat trop restreintes ou peu compréhensibles par
les personnes interrogées, biais dû aux convenances ou au prestige conféré par la
possession de ce produit, tout concourt à avoir des perspectives d'adoption trop
optimistes: une étude a montré que seuls 75% des répondants ayant affirmé acheter
certainement (100% de probabilité d'achat) vont effectivement passer à l'acte
et
la correction n'est en aucun cas linéaire!
L'analyse conjointe est
certainement la méthode la plus fiable pour effectuer de tels tests. Dans ce cas,
l'acheteur potentiel est confronté à des offres "réalistes", différant les
unes des autres par plusieurs caractéristiques, apparemment indépendantes. L'analyse
permet ensuite de juger de l'importance relative des différents attributs de l'offre. On
obtient ainsi des informations beaucoup plus riches que seulement "achète ou
pas", et acquiert aussi des indications sur les motivations et comportements d'achat
des clients.
Le test de marché est aussi un outil fréquemment utilisé pour
estimer les chances de succès d'un nouveau produit. C'est cher, long
et ne donne
pas forcément des réponses à ses interrogations, surtout en cas d'échec. Pourquoi le
produit n'a-t-il pas rencontré l'engouement escompté? Il est souvent difficile de savoir
si la cause en est un produit inadapté aux attentes de la clientèle ou une mauvaise
communication. Le seul avantage de ce genre de tests est que l'échec sera moins coûteux
que s'il avait été subi sur l'entier du marché
bien piètre consolation!
Bien qu'il existe actuellement des moyens informatiques de
simulation des tests de marché, une bonne réflexion préalable basée sur la
connaissance des besoins et désirs des consommateurs visés est toujours la "bonne
vieille" méthode qui fonctionnera toujours si elle est appliquée de manière
objective. Le respect que vous avez pour vos clients doit aussi être présent au moment
de la création de vos produits, et doit imprégner chacun des membres de votre
département de développement.
Et n'oubliez pas de
vous méfier de la croyance selon laquelle le consommateur recherche toujours ce qui
est nouveau: c'est souvent vrai, mais il ne cherche en tout cas pas à se compliquer la
vie pour le seul plaisir de posséder une nouveauté! Une excellente règle de conduite
est de se mettre à la place de ses clients, pour voir ainsi le marché selon la
perspective de cet acteur économique qui, en fin de compte, est le seul à juger de votre
succès.
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