Agefi, Repères, 20 avril 2000
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La découverte risque de révolutionner certaines
entreprises.
Si les clients étaient
considérés comme des êtres humains
La nouvelle mode du "customer relationship management" a le mérite de
rappeler les bonnes vieilles bases du commerce, réel ou virtuel.
Jean-Christophe Zwick (associé de CatalyzNet, Genève)
Illustration :
De l'égocentrisme de Swisscom à l'empathie de France Telecom
Dans les années soixante, période où le marketing a
non seulement conquis ses lettres de noblesse, mais aussi sa réputation sulfureuse, il
était de bon ton de privilégier la vente à tout prix. Le concept en vigueur voulait
qu'il soit indispensable de déployer d'importants efforts de persuasion pour que
l'acheteur se décide à acquérir le produit "proposé". Cette technique
"du vendeur d'encyclopédies" est encore parfois en vigueur dans certains
domaines d'activité. Dans la logique de cette optique, pourquoi s'occuper des attentes
des clients, puisque l'entrepreneur sait bien mieux ce qui fera leur bonheur?
En outre, la relation avec le client avait l'avantage
d'être limitée à la durée nécessaire pour la "persuasion", et se terminait
avec la conclusion de la vente. On était dans une logique "prends l'oseille et
tire-toi!", où le client n'était défini que par un seul paramètre : sa capacité
financière. Cette vision simplificatrice avait l'avantage d'être facile à manier.
Dès 1967, Philip Kotler a tenté d'éduquer les
entreprises grâce à la publication de "Marketing Management", un
ouvrage qui fait toujours autorité et qui en est à sa neuvième édition. Son message
était à la fois simple et révolutionnaire: il est plus facile d'offrir aux clients ce
qu'ils désirent que de les persuader d'acheter ce qu'ils ne veulent pas.
Une lapalissade? Pas autant qu'il y paraît!
"Offrir aux clients ce qu'ils désirent" impose de connaître, non seulement les
clients, mais aussi leurs attentes et leurs désirs, et oblige certains entrepreneurs à
sortir de leur tour d'ivoire pour aller à la rencontre du marché et de "ces clients
sans qui le commerce serait si facile".
Cette nouvelle vision implique également que la
relation entre client et fournisseur dure au-delà de la vente (on veut savoir si le
client est satisfait et on tente de le fidéliser), mais commence aussi avant la vente
afin de connaître ses désirs. Il importe donc de créer une relation durable, qui va
profiter aussi bien au vendeur qu'au client, et qui peut être gérée grâce aux
principes du "customer relationship management".
Il est intéressant de voir que de grandes entreprises
(assurances, banques) découvrent ce principe à l'occasion de la mise sur le marché d'un
outil informatique, alors que l'épicier de quartier l'applique depuis longtemps sans
avoir fait de longues études de marketing.
Rien n'est simple, tout se complique!
Il faut maintenant bien admettre que le client est une créature humaine, bourrée de
sentiments et de perceptions, percluse d'idéaux et d'échelles de valeur, et dotée d'une
certaine capacité d'analyse. Et que chaque individu est différent de son voisin.
"La relation avec le client crée confiance
et fidélité"
Bien entendu, il n'est pas toujours possible de
concevoir des stratégies pour chacun de ces individus, mais il suffit de faire un pas
dans leur direction. Ceci est sensible dans le domaine du commerce électronique, et
explique le succès important du commerce entre industriels (Business to Business) par
rapport au marché des biens de consommation (Business to Consumer). De tout temps, le
client a été au centre du commerce entre industriels. Le nombre restreint de clients
potentiels et la valeur élevée des achats a permis de créer ainsi des relations parfois
très étroites entre partenaires commerciaux.
A l'opposé, de nombreux sites de commerce électronique
dédiés aux biens de consommation ne considèrent que la carte de crédit de leurs
clients, bien qu'ils collectent nombre d'informations sur eux, mais ne sont pas capables
de gérer d'éventuels problèmes de distribution ou de service après-vente. En revanche,
ceux qui arrivent à établir une relation de confiance durable avec leurs visiteurs sont
les cas d'école cités par tous, comme Amazon.com ou e-bay.com.
La considération pour ses clients peut-elle
s'acquérir du jour au lendemain? Assurément pas! Le respect de ses clients
n'est pas affaire d'outils de gestion, mais est une composante de la culture d'entreprise,
une attitude d'humilité de la part de l'entrepreneur désireux de bâtir une relation
durable avec des clients qui deviennent en quelque sorte des partenaires. Ici aussi,
l'argent n'est pas tout!
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Illustration ----------------------------------------
De l'égocentrisme de Swisscom à l'empathie de
France Telecom
La volonté de construire une relation de confiance avec
le client peut être illustrée en analysant les politiques de communication de deux
anciens monopoles des télécommunications: France Telecom et Swisscom.
Dans sa dernière campagne de communication
télévisée, l'entreprise hexagonale a misé sur le dialogue avec le client: en prenant
la cas d'une jeune fille, qui a déménagé mais veut continuer de garder le contact avec
ses amis, l'entreprise se propose de l'aider à diminuer ses coûts en lui mettant à
disposition un conseiller. Non seulement le conseil est personnalisé, mais la solution va
être apportée par une autre personne. On est dans le cas d'un dialogue entre humains,
utilisant l'empathie afin de construire une relation entre l'opérateur et ses clients.
Cet effet est encore renforcé par la conclusion "Bienvenue dans la vie.com".
A l'opposé, l'ancienne régie fédérale adopte une
approche égocentrique, dans laquelle le client est absent. Seule est mise en scène
l'entreprise, que ce soit sous la forme allégorique d'un lutin ou d'un plongeur en eaux
profondes. On n'essaie pas d'entrer en contact avec le client, qui doit se contenter du
privilège de payer moins qu'il y a quelques mois. Ici, pas d'autre relation que celle de
la facture.
"Ce n'est que de la publicité"
rétorquerez-vous. Oui, mais elle est révélatrice, sinon de la culture des entreprises,
du moins de leur positionnement et de leur conscience du client. Il est vrai qu'il peut y
avoir un fossé entre promesses publicitaires et réalité. C'est un fossé qu'il faut
s'efforcer d'éviter, car il peut être dangereux, en étant porteur de déceptions
potentielles: si le client n'est pas conseillé aussi agréablement et judicieusement que
promis, il va être mécontent
avec les conséquences prévisibles quand il existe
nombre de concurrents. A l'opposé, la promesse helvétique ne porte que sur la facture et
ne s'engage aucunement sur la qualité du service. Si le client est déçu du traitement
réservé à ses doléances, ce ne sera pas le fait de promesses publicitaires.
Une entreprise a-t-elle vraiment le choix entre empathie
et égocentrisme? Oui, tout comme le client a le choix de son fournisseur dans un milieu
fortement concurrentiel. Mais va-t-il choisir un interlocuteur qui ne considère comme
êtres humains que ceux représentés sur les billets de banque?
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