Agefi, Enjeux, Stratégie, 10 avril 2000
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La réduction des coûts à la conquête de la recherche
spatiale.
Les leçons de la restructuration
de la NASA
La NASA a appliqué un projet de réduction des investissements. Le
résultat est réellement spectaculaire!
Jean-Christophe Zwick (associé de
CatalyzNet, Genève)
La NASA, fleuron américain de l'exploration spatiale, a
quelques problèmes de financement: l'état américain a réduit ses subventions, et les
chercheurs n'ont pas poussé la logique de la commercialisation de leurs services au même
point que leurs homologues européens.
L'argent manque. Qu'importe! Il suffit d'appliquer la
méthode qui a fait le succès de l'économie libérale: la fameuse "réduction des
coûts". A la NASA, cette technique a entraîné une baisse drastique des
investissements, en particulier pour les objectifs non prioritaires comme l'exploration
martienne.
Le monde entier a pu contempler les effets de cette
"bonne vieille méthode": avec la destruction en trois mois des deux sondes
envoyées sur Mars, ce ne sont pas seulement quelques années de recherches qui ont été
réduites à néant, mais c'est aussi 300 mio de $ qui sont partis en fumée. La
commission d'enquête indépendante chargée d'analyser les causes de la perte de Mars
Climate Orbiter et de Mars Polar Lander ne laisse planer aucun doute: "Le
problème majeur des missions de Mars en 1999 a été un budget insuffisant pour accomplir
ce qui était demandé", ce qui a conduit à "une analyse inadéquate, des tests
inadéquats, un personnel inadéquat et une formation inadéquate."
Le cas de la NASA est exemplaire à plus d'un titre: il
est inhabituel que les conséquences d'une politique de réduction d'investissements
soient aussi spectaculaires et visibles par le monde entier, et que les causes de l'échec
soient publiées. Que peut-on en apprendre?
La recherche est un investissement à long terme,
qui va (peut-être) développer ses effets bénéfiques sur les résultats de l'entreprise
dans les cinq à dix années à venir. Elle s'accommode mal de la vision trimestrielle de
nombre d'entreprises, et encore moins de l'aversion au risque montré par certaines.
Les chercheurs sont des créatifs qui,
plus que tout autre employé, doivent pouvoir avoir l'esprit totalement libre pour se
consacrer à leurs explorations scientifiques. Occupez leur esprit avec des
préoccupations comme l'annonce de licenciements prochains ou de réductions drastiques de
budget, ils ne seront plus disponibles pour la recherche
sauf peut-être celle d'un
nouvel employeur! Et ceci n'est pas seulement valable pour la NASA, certaines entreprises
chimiques bâloises ont déjà subi ce phénomène.
La démotivation entraînée par ces
décisions "stratégiques" provoque un exode des meilleurs cerveaux. En outre,
il n'y a pas assez de fonds pour former correctement leurs successeurs, ce qui provoque
une baisse générale de la qualité des prestations. C'est ainsi que l'on en arrive à
des erreurs inconcevables dans la haute technologie comme la confusion entre systèmes de
mesure métrique et britannique, erreur qui causa la perte de Mars Climate Orbiter.
Une catégorie de dépenses perçues comme inutiles par
les financiers est celle consacrée aux tests: des essais complets sont en effet coûteux,
mais absolument indispensables si l'on n'a droit qu'à un essai pour réussir. En outre,
plus un système est complexe, plus la survenance d'interactions imprévues est probable.
Ariane 4 avait fait cette cuisante expérience lors d'un de ses vols d'essai, détruite à
cause de la défaillance d'un algorithme de régulation.
Les enseignements sont simples :