Agefi, Repères, 25 avril 2002
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Un des mots les plus utilisés dans le business mérite quelques commentaires
Ethique: le retour de Tartuffe !
Alors que le filon de l'argent abondant, rapide et facile se tarit peu à peu,
certaines entreprises tentent de ravaler une façade écaillée avec une peinture miracle:
l'éthique. Va-t-elle tenir longtemps?
Jean-Christophe Zwick (associé de CatalyzNet, Genève)
Lisez un commentaire sur cet article (envoyé à ethique@catalyznet.com)
"En tant que cadres et employés d'Enron Corp., de ses succursales
et des entreprises associées, nous sommes responsables de conduire les affaires des
compagnies en accord avec les lois applicables, et d'une manière honnête et
morale.". Cette vertueuse profession de foi, signée Kenneth Lay, est la première
phrase de la préface du désormais célèbre "Code of Ethics" de la défunte
société texane1.
Sans connaître ce qui s'est passé depuis la rédaction de ce code en
juillet 2000, ces phrases sembleraient frappées au coin de la plus élémentaire morale
d'entreprise, et porteraient leur auteur au pinacle de la moralité. Las! Ceci n'était
qu'un vernis, qui a finalement craqué sous la pression des événements. Mais pour une
tartuferie dévoilée, combien d'entreprises qui dissimulent derrière de telles phrases
creuses des pratiques répréhensibles, et pas seulement moralement?
Mais l'éthique, c'est quoi? Le Petit Robert la définit ainsi:
"Science de la morale. Art de diriger la conduite" et le Micro Robert ajoute
"Ensemble des conceptions morales de quelqu'un". Pour la morale, le même Petit
Robert nous éclaire: "Science du bien et du mal. Théorie de l'action humaine en
tant qu'elle est soumise au devoir et a pour but le bien". Sans vouloir faire une
étude étymologique du terme, ajoutons encore que l'anglais "ethics" recouvre
aussi bien l'éthique que la morale. L'éthique est donc la lutte du bien contre le mal au
sein de l'entreprise.
L'éthique est une affaire de culture d'entreprise: elle
ne se décrète pas par la publication d'intentions, si louables soient-elles. Elle se
construit petit à petit, se nourrissant des exemples des cadres, des prises de position
publiques de la société, et surtout des actions de l'entreprise telles qu'elles sont
vues de l'intérieur par les employés. L'éthique est affaire de tous et concerne tous
les niveaux de l'entreprise. En 2000, l'américain "Ethics Resource Center" a
réalisé un sondage, dans lequel il apparaissait que 43% des répondants pensaient que
leurs supérieurs n'étaient pas des exemples d'intégrité!
L'éthique, c'est comme le sexe: ceux qui en parlent et ceux qui
pratiquent sont rarement les mêmes.
L'éthique est aussi un moyen de développer des bonnes manières, et
ceci ne peut se faire à court terme. Un bon point de départ est la courtoisie en
affaires: combien d'entreprises demandent des offres "pour hier" et ne
répondent jamais aux fournisseurs les ayant envoyées? C'est à ce point que commencent
des relations normales, marquées par le respect du partenaire commercial.
L'éthique est-elle compatible avec la manière actuelle de conduire les
affaires? Le court terme s'accommode mal d'une conduite morale, d'autant plus si la
récompense du gestionnaire est directement liée aux décisions prises par lui-même.
Est-il raisonnable de penser qu'il puisse exister une "muraille de Chine" à
l'intérieur de l'esprit du décideur? Un manager va-t-il risquer de perdre un marché
juteux - et donc de conséquents bonus - en refusant par exemple de donner un petit
dessous de table? Va-t-il risquer de prendre une décision risquant de faire baisser
l'action à court terme si sa rémunération est constituée de stock options?
L'éthique n'est pas une affaire d'image et de communication,
c'est une culture du respect de la totalité des intervenants et partenaires de
l'entreprise. L'assurance qui licencie 7% de ses employés en raison du rendement
insuffisant de ses placements a peu de probabilités d'être une praticienne de
l'éthique, méprisante qu'elle est avec ses employés. De plus, cette navigation à vue
démontre l'absence de vision à long terme, donc de volonté de créer une culture forte.
Peut-être les actionnaires seront-ils heureux une année
probablement pas deux!
Malheureusement, les bénéfices d'une culture éthique sont
essentiellement intangibles, donc financièrement invisibles. Pour cette raison,
l'utilisation de ce concept comme peinture masquante a encore de beaux jours devant elle,
et nombre d'entreprises vont continuer à avoir une morale étique2.
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Notes :
1. La totalité du document peut être
téléchargée sur Internet depuis le site thesmokinggun.com.
2. étique: atteint de consomption, d'extrême
maigreur.
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Vous pouvez visualiser l'article original tel qu'il est paru dans
l'agefi du 25 avril 2002 en cliquant ici
(format Adobe Acrobat 4.0, 523 Ko)
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Commentaire sur cet article :
Mesdames Messieurs,
J'ai lu avec une très grande joie votre article dans l'AGEFI de ce matin.
Il transcrit très exactement mon sentiment sur l'éthique dans bon nombre d'entreprises,
soit un nouvel outil de communication pour masquer des pratiques qui elles n'ont pas
changé. Ce que ces chers dirigeants n'ont encore pas compris c'est que si la base a
parfois du mal à transcrire en mots ce qu'elle vit, elle ressent très bien les choses et
partculièrement les incohérences entre ce qui est proclamé et ce qui est pratiqué dans
l'opérationnel au jour le jour dans les petites actions journalières.
Encore merci
M. B. F. (nom connu de CatalyzNet)
Vous aussi, envoyez-nous vos commentaires à ethique@catalyznet.com.
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