Agefi, Repères, 20 mars 2003
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Plutôt que récupérer son succès, les entrepreneurs devraient
s'en inspirer
Alinghi: un modèle
pour l'entreprise
Passé le sursaut de fierté nationaliste, la façon dont le
défi suisse est monté à la conquête de la coupe America doit servir d'exemple de
gestion aux entreprises suisses.
Jean-Christophe Zwick (CatalyzNet, Genève)
Alinghi est-il vraiment un succès helvétique? Probablement
pas, car tout autre concurrent de la coupe America qui aurait suivi le concept élaboré
par l'équipe Bertarelli aurait pu réussir aussi bien. La clé de cette réussite ne
réside donc pas dans sa nationalité, mais dans sa conception, qui peut, au demeurant,
être adoptée par toute entreprise désireuse de réussir. Voyons ensemble les
enseignements du défi suisse.
Au commencement était
un objectif. Gagner la coupe America? S'il était peut-être espéré, ce n'est pas
celui qui était annoncé: Alinghi voulait seulement arriver le plus loin possible dans la
coupe Louis Vuitton. En plus de cet objectif publié, il était également évident que
l'équipe marketing désirait créer une marque jouissant d'une forte notoriété
mondiale. Le choix des objectifs s'est révélé particulièrement judicieux: n'étant pas
liés à une victoire, toujours hypothétique dans le domaine sportif (voyez ce qui arriva
à l'équipe de France lors du dernier Mundial de football
), ces objectifs étaient
donc atteignables, clairement exprimés, propres à motiver dans tous les cas les membres
de l'équipe, même en cas de défaite ("on a tout fait pour arriver le plus loin
possible, mais on a rencontré plus fort que nous"). Ceci est aussi tout à fait en
ligne avec un esprit sportif qui valorise plus la participation que la victoire.
Le second élément
clé de la réussite fut la constitution d'une véritable équipe. Par équipe, on n'entend pas un ensemble d'individualités,
fort expérimentées et connues pour certaines d'entre-elles, mais la globalité de
l'équipe où chacun a son rôle et une importance égale: pas de diva, pas de culture de
l'ego du barreur vedette ou du milliardaire initiateur. Cette égalité des membres
d'Alinghi était particulièrement visible dans la newsletter qui mettait en avant dans
chaque numéro un équipier, qu'il soit réparateur de voiles ou analyste météo. Cette
reconnaissance du mérite de chacun a joué un rôle déterminant dans la cohésion des
vainqueurs. De surcroît, ceci valorise les compétences réelles des équipiers, et non
de prétendues qualités basées sur des apparences imaginaires. Les conseils
d'administration qui choisissent leur CEO sur l'aspect qu'il aura dans les médias
devraient en prendre de la graine
Ensuite vinrent les
stratégies destinées à atteindre les objectifs fixés. Elles n'ont pas varié: comme tout bon capitaine
d'industrie, Ernesto Bertarelli sait qu'une fois le but fixé, on fait tout pour
l'atteindre. Il ne convient pas de changer de cap à chaque petite brise contraire. Cette
ligne de conduite claire et bien définie a été tenue tout au long du projet, et les
stratégies marketing étaient cohérentes avec cette ligne; en outre, elles intégraient
pleinement le positionnement du défi "une équipe pour aller ensemble le plus loin
possible", et servaient la création de la marque "Alinghi".
Comme dans toute entreprise innovante, la recherche a joué un
rôle capital. Dans les sciences de la vie, on sait que c'est un investissement qui permet
d'assurer la pérennité, de se projeter dans l'avenir et d'augmenter ses chances de
succès. Afin d'apporter ce succès, la recherche ne doit pas souffrir de mesures
d'économies, ce qui hypothéquerait le futur de l'entreprise à moyen terme. Le choix du
partenaire scientifique est évidemment important: à nouveau, une logique de compétence
a dicté le choix heureux de l'EPFL.
Mais cette belle conception ne serait restée qu'un édifice vide sans le travail
de préparation réalisé: tout a été testé, aussi bien la technique que les hommes et
leurs relations. Des heures de navigation et d'ajustements. "Tout ce qui devait
casser avait déjà cassé" disait un membre d'Alinghi. Cette préparation a de toute
évidence manqué à Team New Zealand. Le parallèle avec le monde de l'entreprise est
évident: un produit lancé sur le marché avant qu'il soit au point risque fort de se
muer en cuisant échec.
Comme toujours, il est faux de vouloir
attribuer une seule cause au succès: c'est un faisceau de réussites, de bonnes
réflexions, de judicieuses décisions, qui vont créer ce qui fera la fierté de la
société. Mais tout bon entrepreneur sait que, même si tout a été parfaitement pensé,
la réussite n'est pas toujours au rendez-vous. Comme pour le sport!
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